Pourquoi connaître les premiers secours en randonnée ?

Marcher au cœur des forêts de brouillards matinaux, longer la courbe d’un ruisseau ou grimper sur les talus fleuris est source de bonheur, mais l’aventure n’est pas sans risques. Selon l’Institut national de la consommation (INC), près de 15 000 accidents de randonnée sont enregistrés chaque année en France, allant de la simple entorse à la situation d’urgence vitale (INC). Loin des routes et des secours rapides, connaître les bons gestes peut transformer une randonnée ordinaire en un acte d’héroïsme discret, mais décisif.

Entrer dans la danse du secourisme, ce n’est pas devenir médecin : c’est gagner de précieuses minutes, apaiser la douleur, rassurer, et savoir alerter. Cet article vous accompagne, pas à pas, sur le sentier des gestes essentiels à maîtriser pour partir l’esprit léger dans la campagne d’Eure-et-Loir… ou bien plus loin.

Les situations les plus courantes en randonnée 

La nature est belle, mais elle sait surprendre. Voici les incidents les plus fréquemment rapportés lors de sorties nature :

  • Chutes et entorses : 40 % des accidents de randonnée concernent des foulures, entorses ou fractures du pied et de la cheville (Fédération Française de Randonnée).
  • Piqûres d’insectes ou morsures : tiques, abeilles, guêpes, voire vipères en sous-bois.
  • Malaises divers : déshydratation, hypoglycémie ou coup de chaleur.
  • Perte de conscience ou arrêt cardiaque : situations rares, mais chaque minute compte !
  • Brûlures ou coupures : feu de camp, bris de verre, couteau du pique-nique.

Bases du secours : protéger, alerter, secourir

Avant d’intervenir, gardez à l’esprit la règle d’or enseignée dans toutes les formations de premiers secours : protéger, alerter, secourir (Service Public).

  1. Protéger : isolez la victime du danger (rochers instables, chutes de pierres, orage). Évitez d’aggraver la situation.
  2. Alerter : appel aux secours : le 112 fonctionne partout en Europe, même sans réseau local. Expliquez calmement la situation, la position GPS si possible (des applications comme GendLoc ou What3words peuvent vous aider).
  3. Secourir : prodiguez les premiers gestes pendant l’attente des secours professionnels, en respectant vos propres capacités. Mieux vaut un petit geste sûr qu’une action risquée.

Les gestes qui sauvent (et rassurent)

1. Les plaies et les coupures : prévenir l’infection

  • Commencez par laver la plaie à l’eau claire (de préférence minérale, sinon potable, jamais une eau stagnante).
  • Désinfectez avec un antiseptique si disponible (évitez l’alcool pur sur les plaies ouvertes).
  • Couvrez avec une compresse stérile, maintenue par un bandage léger.
  • Surveillez les signes d’infection dans les jours qui suivent (rougeur, chaleur, fièvre).

2. Piqûres, morsures, réactions allergiques

  • Piqûre d’abeille/guêpe : retirez le dard avec l’ongle ou une carte rigide (pas de pince à épiler pour éviter d’appuyer sur la poche de venin). Appliquez du froid siœdème. Si la victime est allergique ou développe des difficultés à respirer, contactez immédiatement les secours.
  • Morsure de vipère (moins de 200 cas/an en France, Santé publique France) : immobilisez le membre touché, allongez la victime, n’incisez et n’aspirez surtout pas. Appelez le 15 ou le 112.
  • Piqure de tique : retirez la tique à l’aide d’un tire-tique, délicatement et sans tourner. Surveillez pendant un mois pour repérer toute rougeur persistante (risque de maladie de Lyme).

3. Chutes, entorses, fractures : immobiliser et rassurer

  • En cas d’entorse : mettez au repos, appliquez du froid, surélevez le membre si possible. Ne forcez jamais la marche ; improvisez une attelle en cas de doute.
  • En cas de suspicion de fracture : immobilisez dans la position trouvée, évitez de déplacer la victime à moins de danger immédiat. Calez le membre avec des bâtons, écharpes ou vêtements roulés.
  • En cas de blessure à la tête ou au dos, ne bougez jamais la personne sauf nécessité absolue.

Une étude montre que dans 60 % des cas, un bon immobilisation et des paroles rassurantes diminuent significativement le risque de sur-accident (Croix-Rouge française).

4. Malaise, déshydratation et coup de chaleur : vigilance par tous les temps

  • Déshydratation : faites boire par petites gorgées, même si la personne dit ne pas avoir soif.
  • Coup de chaleur : placez la victime à l’ombre, retirez des vêtements et rafraîchissez (eau sur la nuque et les poignets).
  • Hypoglycémie : donnez une boisson sucrée ou des aliments à assimilation rapide (barre de céréales, fruits secs).
  • Si perte de connaissance : vérifiez la respiration. Si la victime répond et respire, allongez-la, jambes surélevées.

5. Geste qui sauve : massage cardiaque et défibrillateur

Selon Santé publique France, on recense chaque année plus de 50 000 arrêts cardiaques hors hôpital dans le pays, avec un taux de survie inférieur à 10 %. Savoir pratiquer un massage cardiaque double les chances de survie (Santé publique France).

  • Si la victime est inconsciente et ne respire plus : allongez-la sur le dos, appelez à l’aide, centrez vos mains entre les mamelons et commencez les compressions thoraciques (100 à 120/min). Pas de bouche-à-bouche si vous ne vous sentez pas de le faire, les compressions seules peuvent suffire.
  • Utilisez un défibrillateur automatique externe (DAE) si disponible (indiqué par des panneaux sur certains grands sentiers balisés ou à proximité de villages).
  • Laissez agir les secours dès leur arrivée.

Le kit de premiers secours du randonneur averti

  • Compresses et pansements stériles de plusieurs tailles
  • Bandes extensibles et filets de maintien
  • Désinfectant doux
  • Couverture de survie (pour l’hypothermie, le froid, ou le soleil accablant)
  • Paire de gants jetables
  • Tire-tique
  • Petite paire de ciseaux
  • Crème apaisante pour piqures
  • Liste des numéros d’urgence (112, 15, 18) et nom du camping/refuge/hébergement le plus proche

Cette trousse tient dans une grande poche du sac, et vous épargne bien des tracas. Astuce : créez votre mini-kit personnalisé selon vos besoins (médicaments personnels, sifflet…).

Conseils pour rester serein(e) sur les sentiers

  • Prenez le temps d’apprendre les gestes (formations PSC1 – une journée suffit, dispensée par la Croix-Rouge, la Protection Civile ou les pompiers locaux – Croix-Rouge Formation).
  • Ayez toujours sur vous les coordonnées d’une personne à prévenir en cas d’urgence.
  • Prévenez un proche ou l’hébergeur de votre itinéraire et de vos horaires estimés.
  • Gardez votre téléphone chargé, avec application GPS ou carte hors-ligne (la forêt peut réserver quelques surprises à la réception GSM…).
  • Osez proposer votre aide : dans près de 70 % des accidents de plein air, le premier secours vient d’un autre marcheur (FFRandonnée).

Pour des randonnées libres et plus sûres

Maîtriser les gestes de premiers secours, c’est ouvrir grand la porte de la liberté en pleine nature. Où que mène le chemin, savoir répondre à l’imprévu fait de vous un compagnon rassurant, indispensable à ceux qui partagent votre aventure. Mais c’est aussi une façon de redécouvrir la solidarité, ce lien discret qui court sous les arbres et sur les sentiers, prête à fleurir au moindre coup de vent imprévu.

Les formations, loin d’être réservées aux montagnards aguerris, sont accessibles à tous et deviennent vite des réflexes pour chaque randonneur régulier ou occasionnel. Chaussez vos bottes, ajustez votre sac – vous voilà paré(e) à savourer la nature… la sécurité en prime.

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