Pourquoi réfléchir à l’empreinte carbone de ses randonnées ?
À l’heure où chaque geste compte, même notre envie d’aventure prend un accent écologique. Selon l'ADEME, un Français génère en moyenne 11 tonnes de CO2 par an, bien au-dessus de l’objectif des 2 tonnes recommandé pour limiter le réchauffement climatique à +2°C (ADEME). Les loisirs de plein air participent également à cette empreinte, notamment via les déplacements et le matériel. La randonnée, par nature sobre, peut pourtant générer jusqu’à 70 % de ses émissions totales uniquement à cause du trajet jusqu’au point de départ (source : Mountain Wilderness, 2020).
Loin de l’idée de culpabiliser, il s’agit ici de transformer la randonnée en réelle respiration pour soi… et la Terre. Un brin d’organisation suffit pour rendre son itinéraire plus vert. Chaque choix, du mode de transport aux petits gestes sur le sentier, pèse dans la balance.
Déplacement : quand l’aventure commence à sa porte
Privilégier la proximité
- Explorer autour de chez soi : Troquer les massifs lointains contre des boucles locales a un impact considérable. Un voyage de 100 km aller-retour en voiture émet près de 20 kg de CO2 (moyenne de 200 g/km pour une voiture thermique, chiffres Ministère de la Transition écologique, 2023). À pied, à vélo ou en train, l’impact chute drastiquement.
- Se réapproprier les sentiers locaux : Souvent, l’extraordinaire s’invite derrière la haie d’un champ ou la courbe d’une rivière familière. Les balades autour de Chartres, par exemple, révèlent des biotopes insoupçonnés toute l’année.
Les transports “doux” en pratique
- Train + marche/rando : En France, le réseau ferré dessert près de 3000 gares : c’est un bon point de départ vers nombre de sentiers balisés. Le train émet 14 fois moins de CO2 par kilomètre qu’une voiture individuelle (SNCF).
- Vélo + randonnée : Les vélos pliants ou simples VTT permettent d’accéder à des départs de randonnée inédits, tout en limitant la part motorisée.
- Covoiturage : Un trajet partagé divise par autant le bilan carbone du transport. De nombreux groupes locaux existent sur les réseaux sociaux et sites dédiés (ex : BlaBlaCar, Togetzer pour l’événementiel nature).
Équipement : l’art de choisir sans surconsommer
Privilégier la seconde main et l’écodesign
Le matériel outdoor représente près de 30 % de l’empreinte carbone d’une sortie longue, selon l’ONG Protect Our Winters France. Or, chaque produit possède déjà une empreinte “cachée” (matières, fabrication, transport, déchets, etc.).
- Se tourner vers l’occasion : Chaussures, sacs à dos, bâtons : de nombreux shops spécialisés, plateformes de seconde main (ex. Leboncoin, Trocathlon) et bourses locales permettent d’acheter ou de vendre du matériel en parfait état, à moindre coût environnemental.
- Faire durer et réparer : Un zip cassé ou une semelle usée ne signifie pas la fin d’un équipement. Nombreux ateliers, dont le réseau Repair Café, accompagnent la réparation.
- Choisir des équipements écolabellisés : De plus en plus de marques obtiennent la certification "Bluesign" ou "Global Recycled Standard", garantissant l’usage de matières recyclées et une production responsable (Patagonia, Vaude, Picture…).
A retenir : Prolonger la durée de vie d’un produit, c’est éviter de générer la totalité de l’empreinte d’un nouveau.
Voyager léger : moins, c’est mieux
- Optimiser son sac : Selon l’association Zero Waste France, l’allègement du sac réduit la consommation (moins d'eau, moins de nourriture, moins de fatigue donc moins de risques et de matériel à prévoir).
- Bannir le superflu : Mieux vaut un bon coupe-vent qu’une multitude de polaires, ou une flasque que plusieurs bouteilles plastiques jetables.
Éco-gestes essentiels pendant la randonnée
Limiter sa trace physique
- Rester sur les sentiers balisés : Sortir des sentiers, c’est piétiner la flore, provoquer l’érosion et déranger la faune. En France, 87 % des atteintes à la végétation sur sites protégés sont dues au “hors-piste” (source ONF 2022).
- Respecter la faune et la flore : Observer sans toucher : la règle d’or. Même une fleur prélevée ou une pierre déplacée peuvent bouleverser un micro-écosystème.
Zéro déchet sur les sentiers
- Emporter ses déchets… et ramasser ceux des autres : Même biodégradable, un mouchoir jeté dans la nature peut mettre plus d’un an à disparaître. Une simple poche réutilisable suffit à transporter tous ses déchets jusqu’à la prochaine poubelle.
- Cuisine de randonnée éco-friendly : Privilégier le vrac, les gourdes, les bees wraps, des couverts légers réutilisables. Éviter les emballages individuels : ce sont des micro-déchets difficiles à rassembler.
- L’eau, ressource à préserver : Préférer les gourdes filtrantes et recharges en points d’eau potable répertoriés (appli "Fontaine à Eau", carte OSM). Cela évite l’achat de bouteilles plastiques et la tentation de prélever dans les ruisseaux, pas toujours sans impact.
L’alimentation, un levier sous-estimé pour alléger son impact
Nourrir l’effort sans alourdir la planète, c’est possible. L’alimentation représente jusqu’à 25 % de l’empreinte carbone d’une activité de loisirs. Une barquette de salade industrielle : 500 g de CO2 émis, contre 50 g pour une salade-maison locale (source FAO/Ademe).
- Manger local et de saison : Un fruit produit localement a, en moyenne, un impact carbone 10 fois inférieur à son équivalent importé d’Espagne ou du Chili (Greenpeace).
- Préparer maison et transporter sans emballage : Le fait-maison à partir de produits bruts réduit déchets et émissions liées à la transformation industrielle.
- Limiter viande et produits transformés : Saviez-vous qu’un kilo de bœuf correspond à environ 15 000 litres d’eau et 27 kg de CO2 évités en comparaison à des protéines végétales (lentilles, pois chiche, etc.) selon la FAO ?
Accessoires numériques : utiliser la technologie à bon escient
- Carnet numérique ou papier recyclé ? Les applications mobiles de cartographie réduisent la consommation de papier mais leur recharge électrique a une empreinte. Privilégier d’abord la carte papier recyclée (IGN existe en version éco-responsable).
- Laisser son traceur allumé… utile ? Multiplier applications GPS et traqueurs pèse sur la batterie (et donc sur la consommation d’électricité, souvent grise en France à 63 % hors renouvelable - RTE 2022). Se limiter à l’essentiel suffit souvent.
Faire de sa micro-aventure un geste militant
Partir randonner, c’est aussi montrer qu’on peut s’émerveiller sans polluer. Plusieurs initiatives citoyennes permettent d’aller plus loin :
- Participer à un “cleanwalk” : Les marches ramassage sont légion : en 2023, près de 800 évènements en France ont permis de retirer 120 tonnes de déchets de nos sentiers et forêts (source France Nature Environnement).
- S’informer sur la fragilité des sites : Les réserves naturelles, sites Natura 2000 et parcs régionaux proposent des sorties pédagogiques pour apprendre à lire les signes de la nature, ses besoins, ses fragilités.
- Adopter le défi “Aventure Bas Carbone” : De plus en plus de structures éducatives proposent des itinéraires conçus pour minimiser l’empreinte carbone, à retrouver sur l’application "Chouette Nature" de la FFRandonnée ou sur les sites locaux des parcs naturels.
L’art de ralentir : rando responsable, plaisir décuplé
Planifier une randonnée à faible empreinte carbone, c’est réapprendre à savourer l’essentiel : le parfum d’un sous-bois, la caresse du vent sur la lande, le silence entre deux chants d’oiseaux. Ce choix n’est pas une contrainte, mais une invitation à ralentir, à s’intégrer au rythme de la nature et à retrouver la richesse des “petites” aventures. C’est aussi une façon de prolonger la magie des lieux, pour qu’elle soit là demain, intacte sous nos pas.
Chaque itinéraire choisi localement, chaque geste réfléchi, chaque matériel économe compte : la randonnée devient alors un hymne, discret mais puissant, à la beauté qui nous entoure. Marcher léger, c’est, en somme, ouvrir grand la porte à des découvertes inattendues... pour soi, et pour les générations à venir.
